BILLY IDOL INTERVIEW ET BIOGRAPHIE (RTL - La saga)
"Après vingt ans de rock 'n' roll, je dois dire que j'étais un peu sur les genoux, un peu lessivé, et puis ça coïncidait avec la naissance de mes enfants. J'ai un fils qui s'appelle Will et une fille, Bonnie. J'ai pensé que ce ne serait pas plus mal de m'occuper de mon fils pendant quelque temps. Je le conduisais à l'école et à ses matches de base-ball, etcetera. Dans l'intervalle, j'avais retrouvé Steve Stevens, mon guitariste, et on envisageait de revenir avec un album de rock. Alors, on a recommencé à jouer et on a fait la promotion du 'Greatest Hits' en 2001. On s'est associés à un super batteur, Brian Tichy, qui joue aussi de la guitare et avec qui j'ai écrit plusieurs titres du nouvel album. Mais c'est en jouant le 'Greatest Hits' qu'est venu le déclic. On est vraiment devenus un bon groupe soudé, parce qu'on jouait tout un tas de styles de musiques, parce que quand on fait le 'Greatest Hits' de Billy Idol, on joue du punkabilly, du rockabilly, du métallobilly, toutes les sortes de billies ! Pour le nouvel album, j'ai voulu faire quelque chose qui ait l'énergie de Generation X, mon groupe punk, qui ait l'attitude de 'Rebel yell', avec peut-être aussi la diversité du 'Greatest Hits'".
Le Billy Idol que l'on retrouve aujourd'hui est le même que celui que l'on avait quitté il y a plus de dix ans. A peine marqué par les années qui se sont écoulées, il a gardé le même look et la même décontraction.
"C'est très amusant. Je reviens avec mon personnage. Je crois que le public attend que les stars du rock 'n' roll soient un peu extravagantes. C'est d'abord pour le fun ! Ce genre de folie, c'est amusant et j'aime beaucoup m'amuser."
Billy Idol est né le 30 novembre 1955 à Stanmore, en Angleterre, dans le comté du Middlesex. Son vrai nom est William Michael Albert Broad. Il a deux ans lorsque son père, attiré par le rêve américain, décide de s'installer à New York. La famille Broad y séjourne quatre ans avant de rentrer en Angleterre.
En 1975, Billy est encore étudiant en anglais et en philosophie à l'université du Sussex lorsqu'il rejoint son premier groupe amateur, The Rockettes. Il n'est encore que guitariste.
"J'avais dix ans quand j'ai commencé à apprendre la guitare. Mon grand-père jouait un peu de batterie et il m'avait offert une caisse claire Ringo Starr quand j'avais sept ans. Mais à dix ans, j'ai appris la guitare. J'ai appris tout seul. J'ai appris l'accompagnement. Je ne suis pas le meilleur guitariste, mais ça me suffit pour chanter ou écrire des chansons. Ça n'a jamais été un frein pour moi. De toute façon, je crois qu'on peut contourner ses limites quand on en a conscience. J'ai la chance d'avoir une voix, et tout ce que je fais, c'est m'accompagner à la guitare. J'en joue parfois sur scène, mais seulement pour m'aider à chanter. Le vrai guitariste, c'est Steve Stevens. C'est une banalité punk : à chacun son boulot."
Parmi les amis de Billy, il y a Steve Severin, le futur bassiste de Siouxsie & The Banshees. C'est lui qui l'entraîne à Londres pour participer aux tout débuts de la scène punk rock. C'est ainsi qu'ils rejoignent le fameux "Bromley Contingent", une sorte de fan-club totalement dévoué aux Sex Pistols, attirés à la fois par leur musique et leur image.
"J'aimais les deux en fait. Mais d'abord la musique, parce qu'elle était géniale. Peu de gens le savent, mais un des premiers concerts des Sex Pistols a eu lieu ici, à Paris. A l'époque, j'avais une camionnette Ford et j'étais venu avec le ferry. On était six : Siouxsie et Steve Severin des Banshees, les jumeaux Michael, Simon Barker et moi. On s'habillait dans la camionnette. Siouxsie mettait ses bas, ses accessoires et toutes ces choses qu'on trouve normales aujourd'hui, mais qui faisaient peur aux gens à ce moment-là. Après le concert qui a été super, on s'est garés le long de la Seine, on a dormi et on est rentrés le lendemain. Ça montre combien on aimait les Sex Pistols. On les suivait en France, partout."
Billy connaît une certaine notoriété au sein du "Bromley Contingent", mais il vise plus haut. Il veut lui aussi monter sur scène et devenir une star.
Au cours de l'été 1976, il participe à la création du groupe Chelsea dont il est le guitariste. C'est à cette époque qu'il décide de laisser de côté William Broad et de prendre un nom plus en rapport avec le monde artistique.
"A l'époque du punk, on se cherchait tous des pseudonymes, pour s'amuser, comme Johnny Rotten ou Sid Vicious. J'ai d'abord pensée à Billy Idle (I.D.L.E.) : ça veut dire fainéant. Quand j'étais au lycée, un professeur de physique avait écrit en gros sur mon bulletin – d'habitude, ils écrivaient en petit, en écriture cursive -, mais là, il avait écrit en majuscules : "William est paresseux." J'ai donc pensé à Idle et puis je me suis souvenu qu'il y avait déjà Eric Idle dans les Monty Python. Alors j'ai pensé à Billy Idol (I.D.O.L.), et là, ça a fait tilt. C'est mieux que Idle. Parce que je suis fier de moi, je suis fier du rock 'n' roll, fier de ma génération et de ce que j'ai fait. Et c'est amusant, les idoles du rock. Mais on jouait avec ça, il y a un petit côté ironique. On plaisantait avec ces noms. Ça attire l'attention : "Voilà ce que je fais, et si vous aimez ma musique, c'est super !"
Chelsea ne dure que l'espace de trois concerts. Avec le batteur John Towe et le bassiste Tony James, Billy Idol forme alors Generation X dont il devient le chanteur.
Ils obtiennent un succès en Angleterre dès leur premier 45-tours, "Your generation", qui se classe N°36 dans les hits-parades.
En décembre 1976, Generation X se produit lors du concert inaugural de ce qui va devenir un haut lieu du punk, le Roxy Club de Covent Garden. En juillet 1977, à force de persévérance, ils parviendront à signer avec Chrysalis Records. Ils seront aussi les premiers punks programmé dans l'émission télévisée "Top of the Pops".
Billy Idol nous explique d'où vient le nom du groupe.
"Ça vient d'un livre de sociologie sur la culture adolescente à la fin des années 50, début 60, sur son évolution. On y abordait des tas de sujets qui intéressaient les jeunes : le blue beat, le reggae, les cultures noires. Ça parlait de la jeunesse un peu sous tous ses aspects les riches, les pauvres, et même les modes alimentaires. Rien qu'en regardant la couverture, on pouvait voir de quoi ça parlait : les homosexuels, la sexualité des ados, les prostituées. Et ce livre s'appelait 'Generation X'. En tant que groupe punk, on abordait ces problèmes sociaux de la jeunesse, tout ce dont parlait le livre justement. Et donc, on s'y est identifiés."
Le groupe enregistrera trois albums avant de se séparer : "GENERATION X" en 1978, "VALLEY OF THE DOLLS" l'année suivante, et "KISS ME DEADLY". Ce dernier paraît début 1981 sous le nom raccourci de Gen X , juste avant leur séparation.
Le batteur Terry Chimes retrouvera très vite les Clash. Tony James, le bassiste, formera quelque temps plus tard le groupe Sigue Sigue Sputnik. Quant à Billy Idol, de plus en plus impatient de devenir une star, il se tourne vers une carrière solo.
Billy Idol part alors pour New York, où il rejoint Bill Aucoin, le manager de Kiss, qui s'est brièvement occupé de Generation X avant leur séparation.
Billy n'est pas dépaysé par son exil new-yorkais : il retrouve un environnement qu'il avait découvert lors de sa petite enfance, et il reste chez Chrysalis qui vient d'ouvrir un bureau dans la grosse pomme.
"A la fin des années 70, on cherchait un manager. Et Terry Ellis, le patron de Chrysalis, connaissait Bill Aucoin. Tony James, en plaisantant, lui avait parlé de Kiss et Terry a dit : 'Mais, je les connais.' C'est comme ça qu'on a rencontré Bill. C'est un des mecs les plus dingues qui existent. Donc, ça collait : Billy Idol et le mec le plus fou pour le manager. En fait, il a été le manager de Generation X très peu de temps. Et quand on s'est séparés, il m'a dit : 'Pourquoi ne pas venir en Amérique pour un nouveau départ ?' On avait déjà travaillé avec Keith Forsey grâce à Bill Aucoin. Bill connaissait évidemment Kiss et le label Casablanca, mais aussi Giorgio Moroder, qui lui, connaissait Keith Forsey. Keith a aimé ma voix. Il a travaillé sur le dernier Generation X et il a continué à travailler sur mes disques solo."
En octobre 1981, Billy Idol enregistre "DON'T STOP", un mini-album de 4 titres uniquement destiné au marché américain. On y retrouve une version de "Dancing with myself", un extrait du dernier album de Generation X, dans lequel certains ont voulu voir une allusion à peine voilée à la masturbation.
"Bien sûr, il y a cette connotation dans Dancing with myself. Mais l'idée du titre nous est venue lors d'un séjour à Tokyo. C'était à l'époque de la grande vogue John Travolta. Les gens ne dansaient pas entre eux, ils dansaient devant leur image dans un miroir. Quelque chose de très narcissique. Et j'ai dit à Tony James : 'Regarde, ils dansent avec eux-mêmes.' Et Tony a dit : 'Dancing with myself, ça pourrait faire un titre de chanson.' Et c'est comme ça qu'on a écrit : 'Sur toutes les pistes de danse, de Tokyo jusqu'à Londres, ils dansent avec eux-mêmes.' On en a fait une chanson sur l'aliénation. Mais évidemment, si tu danses avec toi-même comme ça jusqu'à la fin de la soirée, il y a cette idée que quand tu rentreras, eh bien, tu feras ça tout seul !"
Le mini album "Don't stop" que Billy Idol vient de proposer au marché américain n'a rien d'inédit. Il y reprend des titres de l'époque Generation X, ainsi que le classique de Tommy James & The Shondells, "Mony, Mony".
Pour véritablement entamer sa carrière solo, il a besoin de collaborateurs, d'abord pour composer un répertoire, mais aussi pour la scène.
Heureusement, son manager, Bill Aucoin, a de la ressource.
"Bill Aucoin était toujours en train de chercher de nouveaux groupes, de nouveaux talents. Et il avait vu Steve jouer avec plusieurs groupes dans un club de New York qui s'appelait 'Tracks', un petit club sur la 81ème rue qui n'existe plus. J'avais essayé d'autres guitaristes et Bill m'a dit : 'Tu devrais demander à Steve de t'aider à monter un groupe.' J'ai dit : 'D'accord.' Et en gros, il n'est jamais vraiment reparti."
Billy Idol et Steve Stevens commencent à écrire ensemble. Ils forment un groupe avec le bassiste Phil Feit et le batteur Steve Missal. C'est Keith Forsey qui produit l'album "BILLY IDOL", qui paraît en mai 1982.
Poussé par une promotion considérable de la part de Chrysalis, l'album est N°45 aux Etats-Unis et le single "Hot in the city", N°23. Et cette fois-ci, la référence au sexe est encore plus évidente que dans "Dancing with myself".
"Ça, oui, c'est complètement sexe. Quand tu rodes dans les rues de Los Angeles, très tard la nuit, et que tu cherches une soirée, une soirée sexe pour t'éclater."
En juillet 1983, Billy Idol classe un nouveau titre dans les hits-parades américains : "White wedding", qui est N°36. C'est un autre extrait de son premier album solo et, tout doucement, il est en train de réussir son pari : s'imposer au public et à l'industrie du disque.
En même temps, il mène une vie effrénée et fait souvent parler de lui davantage pour les frasques de sa vie privée que pour sa musique.
Mais sa foi inconditionnelle en ce qu'il fait aura raison de tous les obstacles.
En décembre 1983, Billy Idol publie un nouvel album, "REBEL YELL", qui se classe N°6. Il se retrouve très vite certifié disque de platine et reste sa plus belle réussite commerciale.
Finalement, il décroche enfin un succès significatif chez lui en Angleterre, avec "Eyes without a face", qui est N°18 en juin 84.
Les Anglais rattraperont d'ailleurs le temps perdu lors de la reparution des deux singles "White wedding" et "Rebel yell", qui grimperont alors tous les deux jusqu'à la 6ème place des charts britanniques.
Le 31 janvier 1985, Billy Idol apparaît en couverture du magazine américain "Rolling Stone". La photo n'est pas de très bon goût : Billy y apparaît très dénudé, à peine vêtu de cuir et de métal. La photo est légendée : "Sneer of the year", le ricanement de l'année.
"Je crois que l'idée plaisait beaucoup à la photographe qui en est l'auteur. J'ai eu l'impression que Rolling Stone essayait de me tourner en ridicule, mais je pense que j'en suis sorti gagnant."
Ce numéro de Rolling Stone est la plus mauvaise vente du magazine à l'époque, et dans certains états, il doit même être présenté emballé dans une couverture opaque.
En juin 1985, Chrysalis publie la compilation "VITAL IDOL" qui reprend sept de ses succès, mais dans des versions allongées et remixées.
En octobre 1986, "To be a lover" est N°6 aux Etats-Unis, N°22 en Grande-Bretagne. La renaissance anglaise de Billy Idol est confirmée un mois plus tard, quand l'album "WHIPLASH SMILE" se classe N°8 dans les charts.
En octobre 1987, la version "live" du classique de Tommy James & The Shondells, "Mony, Mony" est N°7 en Angleterre. Elle sera N°1 aux Etats-Unis le mois suivant. Cela fait un moment que Billy Idol chante ce titre. Il en avait même fait une version studio sur son premier mini album américain, "Don't stop".
"A l'époque de Generation X, on chantait ce titre pour s'amuser pendant la balance, pour régler le son. On a parfois besoin d'une chanson comme ça. Aux Etats-Unis, ça marchait pour nous dans les classements dance, avec Dancing with myself, un gros succès. Donc, j'en étais là, et je me suis dit que je devrais continuer dans cette voie. Mais je n'avais pas de matériel personnel pour ça. Alors, j'ai pensé à Mony, Mony. J'ai trouvé que ce serait bien pour Keith Forsey, qui est batteur au départ. Je lui ai téléphoné et il m'a dit : 'O.K., viens à Los Angeles et on le fait.' J'y suis allé, il avait réuni quelques musiciens et on l'a fait, ainsi que Hot in the city, Baby talk et Untouchables. C'est comme ça que ça a commencé. Je suis rentré à New York et je suis allé au Ritz. Le mardi, c'est jour de relâche et les gens dansent. Mais ils étaient tous assis sur le bord de la piste et ils avaient l'air de s'ennuyer. J'ai demandé au DJ de mettre Mony, Mony et là, c'est étonnant, tout le monde s'est mis à danser, mais comme dans les années 60, il y avait même des filles qui dansaient le mashed-potatoes ! Là, je me suis dit : 'C'est bon. Ce ne sera peut-être pas un super tube, mais ça marchera dans les discothèques. C'est tout ce qu'il nous faut.' Et plus tard, une version 'live' a été N°1 aux Etats-Unis. Et quand elle a été N°1, je me suis acheté une Harley-Davidson."
Depuis le succès de son deuxième album, "Rebel Yell", Billy Idol n'a pas su échapper aux excès de la vie de rock star. En juin 1988, sa compagne Perri Lister, une ancienne Coconut de Kid Creole, lui donne un fils : Willem Wolf Broad. Cette nouvelle responsabilité n'est sans doute pas étrangère à la décision qu'il prend alors de changer de vie.
En juillet 1988, après la sortie de la compilation "IDOL SONGS – ELEVEN OF THE BEST", on retrouve Billy Idol sur l'album "Chalk mark in a rain storm" de Joni Mitchell. Il chante sur le titre "Dancin' clown", où apparaît également Steve Stevens à la guitare. Pour le chanteur, cette invitation est une bonne surprise.
"Quand j'avais une quinzaine d'années, Joni Mitchell a eu un gros succès avec son album Blue. Elle m'a appelé et finalement, je crois que je ne dis guère plus que 'Hot damn' sur ce titre, pas grand chose. Mais c'est gentil de sa part d'avoir pensé à moi parce que, pour l'instant, elle est la seule à m'avoir demandé de participer à un disque. Ce serait bien si on pouvait essayer autre chose. Je pourrais faire un véritable duo avec elle. J'aimerais collaborer davantage avec des chanteuses, ou même avec des rappeurs. J'ai envie d'utiliser ma voix tant qu'elle est encore là."
Billy Idol veut essayer de rompre avec le passé de toutes les outrances. Il se sépare de Steve Stevens et de son premier groupe. Il quitte la folie de New York et s'installe à Los Angeles, relativement plus calme.
Le 28 août 1989, il participe à une version de "Tommy" des Who au bénéfice de l'enfance malheureuse. Puis il commence à travailler avec un nouveau guitariste, Mark Younger-Smith, mais toujours sous la direction de Keith Forsey.
Le 6 février 1990, Billy Idol est victime d'un grave accident de moto. Il s'en sort miraculeusement, mais avec une jambe très abîmée, qui ne sera sauvée qu'après cinq opérations. Au grand étonnement des médecins, Billy s'en remet plutôt vite, mais il devra s'aider d'une canne pour marcher pendant plusieurs mois.
En avril 1990, il publie le single "Cradle of love", qui se classe N°2 aux Etats-Unis.
On retrouve ce titre sur son nouvel album, "CHARMED LIFE", ainsi que dans la bande originale du film "The adventures of Ford Fairlane".
On remarque aussi sur l'album "Charmed Life" la reprise du "L.A. Woman" des Doors. Parallèlement, Billy Idol participe au film de Oliver Stone, "The Doors", où il interprète le rôle de Cat.
Mais les deux choses ne sont pas liées : il s'agit simplement d'une coïncidence.
"C'est simple, j'aime les Doors, j'aime Jim Morrison. Et quand je suis arrivé en Amérique, c'est cette musique que j'écoutais, en essayant d'imaginer ce que je pouvais représenter, moi, pour les Américains. C'est vrai que c'est la même époque. J'avais enregistré une version de L.A. woman et on terminait généralement nos concerts avec ce titre. Je venais de l'enregistrer et au même moment, Oliver Stone bouclait le casting de son film sur les Doors."
Avec les années 90 apparaissent de nouvelles possibilités techniques que Billy Idol décide d'expérimenter avec son nouveau guitariste Mark Younger-Smith, et son nouveau producteur, Robin Hancock.
L'ordinateur est utilisé comme un outil pour amplifier et transmettre l'énergie créatrice aux chansons d'un nouvel album, "CYBERPUNK", qui paraît en juin 1993.
Mais cette production surprend le public du chanteur à qui l'on reproche sans doute de s'être trop éloigné de son image de marque.
"Oui et non. Ce n'était pas prévu comme un album alternatif de Billy Idol. Mais c'est vrai que c'est très différent de ce qu'on avait fait dans les années 80. Il y avait beaucoup de samples, c'était très techno. Mais j'ai aimé cet album Cyberpunk. Je me suis éclaté en l'enregistrant et j'ai beaucoup appris, notamment l'utilisation du logiciel Protools, que tout le monde utilise aujourd'hui pour enregistrer. Donc je m'y suis mis. Le résultat n'est pas exactement ce que j'avais voulu faire, mais j'y ai beaucoup appris."
L'album déroute donc les admirateurs de Billy Idol, qui sont également surpris par son changement de look. En effet, il a abandonné sa coiffure hérissée pour des dreadlocks.
Baptisée "No Religion", la tournée qui accompagne l'album "Cyberpunk" n'est pas vraiment convaincante. Billy Idol décide alors de faire un break et de profiter de la vie dans sa maison en Californie.
"Cela fait un moment déjà que j'habite à Los Angeles. C'est là que vivent les mamans de mes deux enfants, et c'était mieux que je reste là pour eux. La Californie, c'est l'idéal pour les enfants. Ils peuvent constamment jouer dehors, de jour comme de nuit."
C'est pour sa famille, et d'abord pour ses deux enfants, Will et Bonnie, que Billy Idol a pris le temps de devenir un monsieur presque comme tout le monde, loin en tout cas de l'image qu'il montre à son public.
"Mon fils vivait avec moi. J'en avais la garde une semaine sur deux, c'est très fréquent en Californie. J'ai donc joué mon rôle de père pendant tout ce temps. J'aimais ça, ce n'était pas une contrainte. J'aimais être là pour lui et il a fini par apprendre la guitare à l'âge de dix ans. Aujourd'hui, il a son propre groupe. C'est pour ça que j'ai dû enregistrer 'Devil's playground.' Autrement, crois-moi, c'est lui qui tomberait toutes les filles !"
Ce qu'il faut ajouter, c'est que Billy Idol a surtout pris le temps de se remettre d'une overdose qui a bien failli lui être fatale en 1994, et après laquelle il avait dû être soigné dans un hôpital de Los Angeles.
Billy Idol prend tout de même le temps de participer à la bande originale du film "SPEED", dont il chante le titre générique. Puis il retrouve les Who, avec qui il tourne en 1996.
"J'ai chanté le titre Cousin Kevin, la chanson du baby-sitter, le méchant baby-sitter, la chanson de John Entwistle. J'ai rencontré Keith Moon en 1978 et une fois, j'ai réussi à le faire venir à une répétition de Generation X. Il s'est mis à la batterie et on a joué I can see for miles, Anyway anyhow anywhere, My generation, et après, on lui a joué notre titre, Your generation. Malheureusement, il est mort juste après. Ensuite, j'ai rencontré Pete Townshend et Roger Daltrey et ils se sont bien rendus compte de l'influence des Who sur Generation X. D'ailleurs, ça a continué dans ma carrière solo. Et quand il leur a fallu un punk pour cette version de Tommy, ils m'ont appelé, et aussi en 1996, quand ils ont eu besoin de quelqu'un pour le rôle de Ace dans Quadrophenia. Ils ne l'avaient jamais réellement joué dans les années 70. En tant que fan, c'était très intéressant pour moi. C'était aussi un privilège. Ce sont des gens super à fréquenter, et j'ai eu la chance de côtoyer John Entwistle, ce que je n'aurais pas pu faire si je n'étais pas parti en tournée avec eux."
C'est alors que Billy Idol renoue avec celui que l'on peut appeler son guitariste historique, Steve Stevens, minimisant tout ce qui a pu un jour les séparer.
"Je pense que c'est surtout dû à la pression, à la fatigue des tournées. Bien sûr, on a eu des disputes, mais la plupart du temps, c'était pour des bêtises. Surtout, je le répète, à cause de la fatigue des concerts. Mais ça n'a pas empêché de nous retrouver. C'est ça qui est important. On n'a jamais cessé d'être amis. Et puis, Steve avait besoin de faire ses albums solo, donc on a un peu soufflé. Mais on est toujours restés copains et ça ne nous a pas empêchés de nous retrouver pour enregistrer 'Devil's playground'. Je crois que Steve joue vraiment de tout son c½ur sur cet album. Il avait envie de briller et il y a vraiment mis tout son c½ur."
En 1998, on peut voir Billy Idol dans le film "THE WEDDING SINGER" ("Demain on se marie"), où il joue son propre rôle. Après son apparition dans le film "The Doors", on pourrait penser qu'il s'est pris au jeu et qu'il a choisi de continuer dans cette voie.
"J'aimerais bien. J'aimerais être un bon comédien. Le seul problème, c'est que je n'ai pas assez travaillé la technique, car il y a beaucoup de technique dans le travail d'acteur. Si tu possèdes la technique, tout est plus facile. Mais si c'était pour un petit rôle, quelque chose qui ne soit pas trop éloigné de mon personnage, j'aurais bien envie de recommencer. C'est amusant. Là, je viens de participer à un film d'animation. Je suis un personnage muet. Je ne prononce qu'une seule phrase à la fin du film. Ce n'est qu'une phrase, mais on ne sait jamais où ça peut mener. J'aimerais bien utiliser ma voix dans le cinéma, peut-être faire de la narration, mais là, j'ai mon album et je suis dans la musique pour les années qui viennent. La suite, c'est avec Steve, et puis il y aura un album 'live' avec des titres inédits. J'ai encore deux albums prévus sur le label Sanctuary."
Billy Idol a également participé à "Mad Dog Time" et il a prêté sa voix pour le film d'animation "Heavy Metal 2". Sa courte apparition dans "The Wedding Singer" lui permet de retrouver les feux de l'actualité. Après quelques années où il s'est montré plus discret, il n'a pas peur d'avoir été oublié par le public.
"Beaucoup de gens me connaissent, même s'ils n'ont pas écouté toutes mes chansons. Je pense qu'il connaissent des titres comme 'White wedding' ou encore 'Rebel yell' et 'Dancing with myself.' Ils connaissent. Et souvent, si tu joues un morceau à quelqu'un qui ne connaît pas tout, c'est la surprise. Ils se disent : 'Oh, c'est lui qui a fait ça ! Et ça aussi ! Et celle-là aussi !' Mais effectivement, il y a eu une coupure, mais là, je ne crains rien. J'ai un bon groupe et on peut rivaliser avec n'importe qui. Il y a beaucoup de supergroupes aujourd'hui, comme Audioslave ou les Velvet Revolvers. Il y a de la concurrence, mais ça ne nous fait pas peur. On va bien s'amuser. Et de toute façon, c'est le public qui juge. Et s'ils pensent que ce n'est plus pour moi ou que je ne suis pas sincère, ils n'achèteront pas le disque. Mais comme tu peux le constater, je m'y consacre totalement et j'ai toujours la même énergie, la même passion. Je n'ai rien perdu de tout ça. Je ne sais pas combien de temps ça va durer, alors profitez-en !"
En 2001, Chrysalis publie l'album "GREATEST HITS", une nouvelle compilation consacrée à Billy Idol.
On y trouve seize titres dont la reprise d'une composition de son producteur Keith Forsey qui avait été un tube pour Simple Minds : "(Don't you) Forget about me".
Billy Idol repart en tournée avec Steve Stevens d'abord pour la promotion de son nouveau "Greatest Hits", mais aussi pour rôder son groupe en vue de l'avenir.
"Il y a un élément essentiel, c'est qu'il faut mobiliser son énergie. Dans le temps, j'avais de l'énergie à revendre, je pouvais rester sans dormir pendant trois semaines. Bien sûr, c'est ridicule. Aujourd'hui, il faut que je me stimule, que je fasse de l'exercice, mais ça en vaut la peine. Ça me permet de monter sur scène et c'est très important pour moi. Ce qui est primordial, c'est de pouvoir positiver cette énergie. En ce moment, on donne des concerts qui durent deux heures. Le travail de chanteur est éprouvant. Alors il faut que je m'y prépare, parce que j'ai vraiment envie de pouvoir chanter pendant deux heures. Ça veut dire : concentrer son énergie, et éviter ce que j'ai fait dans le passé avec les drogues, mais ça, je l'avais déjà arrêté pour les enfants. Ça m'est passé. J'y retomberai peut-être, mais pour l'instant, je suis dans la musique et je me sens bien comme ça."
Le Billy Idol qui remonte sur scène à cette occasion n'a pas beaucoup changé. Il arbore la même tenue de cuir noir, le même rictus ironique et la chevelure hérissée et peroxydée.
Et il a toujours soif de rock 'n' roll.
"Je n'ai pas beaucoup changé, pas vraiment, même si ça paraît fou. Je fais toujours de la moto et je fais toujours de la musique. Le port du casque est obligatoire maintenant à Los Angeles. Dans la plupart des états américains maintenant, il faut porter le casque. Ce qui fait que je n'aime plus trop rouler en ville. Ça, c'est un changement. Je préfère rouler à la campagne, faire de longues balades. Surtout depuis le 11 septembre, c'est une façon agréable de voyager sans avoir à subir des millions de contrôles. Et là, on peut voir la vraie beauté de l'Amérique. Je suis allé en Arizona, j'ai pu voir les endroits où ont été tournés les films de John Wayne que je voyais quand j'étais enfant. Et puis j'ai visité Yellowstone. Il m'arrive aussi de participer à de longues ballades en groupe et à l'arrivée, il y a parfois une scène. Un soir, c'est Los Lobos qui jouait. Je suis monté sur scène et j'ai chanté avec eux. On a fait The train kept a-rollin'. C'était en 1999. Ça fait partie de ces choses qui m'ont décidé à faire un album de rock 'n' roll. Ce soir-là, c'était super, j'étais comme au paradis, comme envoûté. Je me suis dit : 'Ne te laisse pas aller, tu peux le faire. Ce n'est pas une question d'âge.'"
Depuis la réapparition de Billy Idol, la chaîne de télévision VH-1 lui a consacré deux émissions : la première dans la série "Behind the music", et la seconde dans son programme "Storytellers", une sorte de concert privé où l'artiste parle également de sa carrière. Tournée en avril 2001, cette émission est parue en DVD en juillet 2002.
Les journalistes se sont beaucoup intéressés à Billy Idol, et souvent au-delà de sa carrière artistique. Certains l'ont même comparé à un Rod Stewart des années 80, une déclaration qu'il prend avec beaucoup d'humour.
"C'est très gentil de penser que je suis une immense star qui peut attirer des milliers de femmes, mais je ne sais pas si je pourrais chanter ce genre de standards, Lipstick traces ... Mais je pourrais peut-être essayer avec des classiques du rock. J'ai posé la question à mon assistante : 'Pourquoi est-ce qu'ils achètent tous ce disque de Rod Stewart ?' Elle m'a répondu : 'Moi aussi je l'ai acheté.' Alors, j'ai compris : c'est pour les femmes. Rod doit en savoir plus que moi sur le sujet. Mais j'ai la chance de toujours avoir envie de faire du rock et que ça plaise au public."
C'est donc bien en chanteur de rock que Billy Idol revient sur ce nouvel album, "DEVIL'S PLAYGROUND", avec une envie avouée de retrouver rapidement son public. D'ailleurs, la tournée vient de commencer, le 14 mars dernier, à Corpus Christi, au Texas.
"Ce sera une tournée mondiale. On commence en mars par le Texas et on devrait venir en France en juin, parce qu'au début du mois, on doit faire deux festivals en Allemagne : le Rock-am-Ring / Rock-am-Park, et puis le Heineken Jammin' Festival à Imola en Italie. Je pense qu'à la même époque on donnera quelques concerts en France, mais je ne sais pas exactement où. Tout n'est pas encore complètement bouclé. Mais ce sera sur le site internet et on vous le fera savoir."